Born Bad Records

     Non, Born Bad n’est pas le nom d’un gang de motards-rockers de type hells angels, mais bien le nom du label français de rock indépendant le plus en vue du moment. Créé et dirigé par Jean-Baptiste Guillot depuis 2006, le label s’est progressivement imposé dans le paysage musical, à la fois par son travail pointu de rééditions et de compilations d’artistes oublié-e-s, mais aussi par la découverte d'artistes de rock indépendant et de punk, principalement français.


Tout comme les mythiques labels New Rose (dont vous pouvez trouver une superbe compilation en vinyle à la médiathèque en cliquant ici) et Rough Trade, Guillot veut associer son label à un disquaire qui en serait la vitrine physique. Il contacte donc le magasin Born Bad qui sévit dans le garage-rock et le punk depuis 2002 dans le XIème arrondissement de Paris, et qui s'est déjà constitué un public d'aficionados : le gérant de la boutique est par ailleurs le batteur du groupe de post-punk Frustration, qui seront les premiers à enregistrer un album pour le label naissant.

Born Bad voit le jour dans un contexte économique plutôt difficile pour les labels indépendants (voir notre chronique sur Makasound Records) ; les ventes de disques sont en chute libre et la musique en ligne, quand elle n'est pas simplement piratée, génère très peu de revenus pour les artistes et leurs producteurs.
De plus, J.B. Guillot choisit de se focaliser sur le garage-rock et le punk, genres musicaux qu'on aurait pu croire tombés en désuétude. Comme si cela ne suffisait pas, il choisit de les éditer principalement en vinyle. Au final, la réussite du label repose justement sur ces choix à contre-courant qui bousculent le conformisme des majors, et attirent un public au départ peu nombreux, mais extrêmement fidèle.

Il faut tout de même nuancer quelque peu cette réussite sur le plan économique, car Born Bad n'emploie qu'un seul salarié, qui n'est autre que son créateur et directeur J.B. Guillot (et encore s'en tire-t-il avec à peine plus que le SMIC). Il prend ainsi lui-même en charge la quasi-intégralité des fonctions, de la relation avec ses groupes à l’ensemble de la supervision de la chaîne : fabrication, envoi des commandes de disques, contrats, rémunération des artistes, booking de leurs concerts quand ils n’ont pas encore d’agent, etc. Activités auxquelles il a ajouté la gestion du pressage de vinyles pour une cinquantaine d'autres labels indépendants.
Certes J.B. Guillot marche toujours sur des œufs, restant à la merci du premier échec commercial, mais son flair musical devrait l'en prémunir car c'est bien sur le plan artistique que le label rencontre le succès. J.B. Guillot allie à la fois une connaissance quasi "archéologique" de la musique en publiant des compilations très pointues (il est capable d'exhumer une bande originale de film érotique rarissime, retrouvée dans une décharge : "Le mariage collectif"), et une large ouverture d'esprit quand, par exemple, il décide de rééditer Francis Bebey, pionnier africain de la musique électronique dans les années 1970.
Plutôt spécialiste de la mouvance punk et post-punk française, illustrée par des compilations comme "Bippp : french synth-wave 1979-85" ou "Paink : french punk anthems 1977-1982", il ne s'interdit pas pour autant une incursion dans d'autres styles, comme par exemple le free-jazz avec "Mobilisation générale : protest and spirit jazz from France 1970-1976". Et si on cherche un fil rouge qui puisse lier ces productions d'un genre très différent, vous l'entendrez gronder sous l'étiquette du label Born Bad, pour chanter la révolte et transgresser les codes.


Ces caractéristiques collent bien au groupe Cheveu, composé de trois hurluberlus bordelais, étalons de l'écurie Born Bad, qui martèlent batteries et claviers tout en vociférant leur folie. En live, c'est une tuerie... A défaut de les croiser ici, vous pouvez toujours emprunter leurs albums (le premier et le troisième) disponibles à la médiathèque. Détartrage auditif garanti !

  • Les albums de Born Bad Records à médiathèque :
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http://web2.ville-vichy.fr/cgi-bin/abnetclop.exe?ACC=DOSEARCH&xsqf99=793150.titn. http://web2.ville-vichy.fr/cgi-bin/abnetclop.exe?ACC=DOSEARCH&xsqf99=794447.titn.
(cliquez sur une pochette pour accéder à la notice du catalogue)


  • Jetons une oreille sur… : Les Olivensteins
Cultissime, introuvable jusqu'à peu (merci Born Bad), voilà réédité –et augmenté de démos et d'enregistrements live- le seul et unique 45 tours des Olivensteins.
Ce vrai groupe punk est originaire de Rouen, haut lieu du rock'n'roll en cette fin de décennie seventies, avec notamment la boutique de disques Mélodies Massacre tenue par Lionel Herrmani. Y traînent les membres des Dogs, rare groupe à rallumer la flamme dans le paysage musical français de l'époque, et tous ceux qui cherchent alors à troquer leur ennui contre l'urgence du rock, à l'instar des frères Tandy : Eric travaille au magasin et fait le parolier pour son frère Gilles qui chante au sein des Olivensteins. On ne soulignera jamais assez l'importance des disquaires dans l'histoire de la musique...
Le groupe se monte de bric et de broc en avril 1978, donnant dans la foulée quelques concerts épiques. Dès l'année suivante il réussit à enregistrer une poignée de titres brûlants qui deviennent aussitôt des hymnes provocateurs ("Fier de ne rien faire", "Euthanasie"), quitte à en rajouter une couche ("Patrick Henry est innocent") avant d'aborder le passage du cap de la tournée nationale et du premier vrai album. Mais le fameux psychiatre spécialiste des toxicomanes à qui les Olivensteins doivent leur nom apprécie si peu la plaisanterie qu'il cherchera à empêcher l'utilisation de son patronyme et à interdire leur concert au Palace à Paris en décembre 1979 (où ils doivent se produire en première partie de Stiff Little Fingers, grand groupe de la vague punk britannique). Renoncer à leur nom ou à la perspective d'une carrière ? En bon esprit punk, le groupe décide de se saborder.
Fin de l'histoire, début de la légende.



  • Encore plus de Born Bad !!!! (mise à jour au printemps 2017)
Quand on vous dit que ce label est incontournable ! Depuis la rédaction de cette chronique, les bacs de la médiathèque se sont enrichis de nombreuses autres parutions "made by J.B. Guillot" et toujours suivant la même ligne directrice, à savoir « défendre l'underground rock, une certaine idée de la radicalisation, de l'auto-organisation ». Les poulains du label grandissent (Frustration, solides vétérans, les féroces JC Satan, la rencontre explosive et féconde de Cheveu avec les mauritaniens de Group Doueh) tandis que les rééditions révèlent d'improbables parias du rock'n'roll (l'inénarrable El' Blaszcyk !), des curiosités eighties (la compilation "France Chébran"), des pépites électroniques de l'outre-espace hexagonal (les deux volumes de "Space oddities") ou réécrivent la face cachée et underground des années yéyés (les trois volumes "Wizzz !").
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Saturday Night Fever vs Dimanche Déprime #1

Première illustration de la bipolarité hebdomadaire dans nos sociétés modernes. Le titre parle de lui même, mais rien ne vous interdit de déprimer le samedi et de festoyer le dimanche.
Vous pouvez, bien entendu, retrouver les albums dont ces morceaux sont extraits dans les bacs de la médiathèque.

Eros & le jazz

La musique adoucit les mœurs dit-on. Elle sait aussi, parfois, faire frissonner les chairs. A ce jeu-là, globalement peu soucieux du respect des convenances en matière de bonnes mœurs, les lieux et les hommes du jazz s'en sont plutôt bien tirés.

Obscénité 
Musique originaire des quartiers chauds & des lieux de plaisir de La Nouvelle Orléans (tel le célèbre Storyville), voilà un (mauvais) genre qui ne pousse la chansonnette que pour pratiquer un langage à double entente souvent salace -voir à ce sujet la riche lignée des "risqué songs" du vaudeville et du blues. Le terme jazz lui-même viendrait de "jass", vocable associé à la danse, à la vitalité des corps et à l'acte sexuel. Si l'étymologie du mot est confuse, et sans doute plurielle (jass, gism, jasbo, jasi...), le champ sémantique d'origine ne laisse guère de doute : il sent la sueur et le sperme.
Le succès venant, on feindra par la suite de l'oublier.

   
Un exemple de risqué song : "Press my button" de Lil Johnson, chanteuse de blues et spécialiste du genre, dont le répertoire comptait aussi "The hottest gal in town" et "Hot dog man"


Le chant du corps
Caractéristique du jazz (et probable réminiscence africaine), la vocalisation de la musique instrumentale s'éloigne de l'idéal occidental classique du "beau son", soucieux avant tout de la pureté de l'émission, et donc d'éliminer du chant toute aspérité, tout grain de la voix. Chez le musicien de jazz au contraire, le travail du timbre comme signature personnelle est essentiel : il s'agit pour lui, en trouvant sa voix, d'exprimer et d'affirmer une présence dans toute sa corporéité.
Que l'on songe aux innombrables effets expressifs et aux inflexions du son, à la mise en valeur du souffle, au growl et jusqu'à l'utilisation des sourdines pour les cuivres : à travers la palette des cris, éructations, râles ou grognements, c'est tout le corps qui habite l'instrument.

Un discours érogène 
Non content de mettre en avant le corps dans le chant, c'est aussi à lui que le jazz s'adresse. Car si au cours de son histoire les trémoussements et les acrobaties sont vite abandonnés sur place par une musique qui n'aura de cesse de s'affranchir de tous les carcans dans lesquelles d'aucuns voudront la maintenir (la danse n'étant que le premier d'entre eux), le jazz reste fondé sur cette excitation rythmique indéfinissable qu'est le swing. Le frisson est gage de qualité : quelles que soient par ailleurs les évolutions stylistiques, comme le déclare le titre d'un standard de Duke Ellington, "it don't mean a thing if you ain't got that swing" !
Musique du plaisir, le jazz ne s'en détourne à l'occasion que pour lui préférer la jouissance : il s'agit alors de refuser haut et (souvent) fort l'agréable, la séduction, pour se jeter à corps et à souffle perdu dans l'expérience paroxystique. C'est le cas d'un Coltrane repoussant puis franchissant allègrement les limites du discours musical, ou des fulgurances du free-jazz comme violence orgasmique.

Les chorus de Parker comme littérature érotique
De ce lien profond, intime, entre jazz et Eros, qui en témoigne mieux que Jacques Sternberg au détour de l'un de ses « Contes à dormir sans vous », lorsqu'il décrit la musique de Charlie "Bird" Parker ?

« De ce ventre simplement appétissant, Lise tirait un plaisir égaré qui la rendait très loquace et, dès lors, tous les sons qu'elle arrachait à sa gorge se révélaient incomparables, obsédants, inoubliables : ils reproduisaient note par note les plus beaux solos de Charlie Parker.(…) 
Quand son orgasme montait en lancinants paliers comme autant d'incantations emportés au ralenti d'une implacable géométrie, elle s'envolait dans le languide solo d'"Embraceable you"
Quand elle se laissait dériver vers un douloureux plaisir sans cesse rejeté dans un autre instant, elle se noyait dans les brumeuses divagations de l'admirable "Out of nowhere"
Quand son plaisir allait et venait, haletant, volubile, pressé, pressant, elle se faisait rafaler dans l'apparent désordre fiévreux du "Hot blues"
Et quand, de spasme en spasme, on la sentait balbutier son plaisir au seuil de l'orgasme pour chaque fois l'effleurer, le manquer, elle ne faisait que revivre le pathétique solo hachuré, essoufflé, du légendaire "Loverman" de juillet 1946. 
Mais le jour où Lise vocalisa soudain le monocorde solo joué si lancinant par Coltrane dans "Naima", je compris qu'elle m'aimait déjà moins. » 

Les chorus de Charlie Parker et le Naima de Coltrane

Pour en savoir plus :
Alain Gerber "Charlie" (superbe biographie romancée de Charlie Parker)
Lucien Malson "Histoire du jazz"
Charlie Parker "The legendary Dial masters" volume 1 & 2
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http://web2.ville-vichy.fr/cgi-bin/abnetclop.exe?ACC=DOSEARCH&xsqf99=676983.titn.
http://web2.ville-vichy.fr/cgi-bin/abnetclop.exe?ACC=DOSEARCH&xsqf99=578528.titn.
http://web2.ville-vichy.fr/cgi-bin/abnetclop.exe?ACC=DOSEARCH&xsqf99=578526.titn.

Les chansons de la rentrée !

Et oui, c'est la rentrée des classes !
Pour vous aider à mieux vivre cette période cruciale de l'année, voici une petite playlist (non exhaustive) de chansons sur l'école.
Avec, en vrac : la reprise des rythmes scolaires (Aldebert), les filles et les bagarres à la récré (Souchon), la jolie maîtresse (Eddy Mitchell), la drague au lycée (Khaled), la nostalgie de l'enfance (Bourvil), la joie des interros surprises (Gilbert Lafaille) et des programmes scolaires (Georgius), l'endoctrinement (Graeme Allwright) ou l'urgence de la lutte (Colette Magny), l'école buissonnière (Charly Greane, la bande originale des "Quatre cent coups"), ou encore les désillusions face au système scolaire (Grand Corps Malade, Renaud).
En bonus, les bandes-annonces de deux films disponibles à la médiathèque : une cure de jouvence inattendue avec "Camille redouble" et une désopilante ethnographie de la vie sexuelle des collégiens avec "Les beaux gosses".

Makasound / Chapter Two Records

     Le développement exponentiel de la musique en accès libre et gratuit sur Internet nous donnerait presque l'impression qu'il n'y a plus besoin d'intermédiaire entre la musique d'un artiste et son public. Si l'on est en droit de douter de l'utilité des majors, dont la principale préoccupation est la rentabilité financière, c’est en grande partie l’audace de certains labels indépendants qui nous permettent de découvrir de jeunes artistes ou des artistes moins "commerciaux", en produisant leurs albums sans savoir avec certitude s’ils rentreront dans leurs frais. Makasound, label indépendant français, spécialisé dans le reggae roots, se classe tout à fait dans cette catégorie.


     Suite à un voyage à Kingston, Nicolas Maslowski essaie de diffuser le premier disque d'un chanteur de reggae à l'époque encore inconnu : Winston "Electric dread" McAnuff. Devant le refus des labels et distributeurs, Nicolas crée alors sa propre structure Makasound (en patois jamaïcain "maka" signifie épineux, piquant), et en 2002 sort le premier album de Winston « Diary of the silent years », compilation de ses morceaux enregistrés entre 1977 et 2000. Et quand on voit la qualité et le succès de son dernier album en duo avec Fixi (accordéoniste du groupe Java), sorti en 2013 et intitulé « A new day », on se dit qu’il eut été bien dommage qu’il en fut autrement. Malheureusement, au début de l'année 2011, le label met la clé sous la porte. Ce dernier, malgré la qualité de ses productions, n'aura pas survécu à l'effondrement des ventes de disques, et à l'absence de modèle économique viable pour la musique en ligne, à même de rétribuer justement les artistes et leurs producteurs. Néanmoins, ce label nous aura permis de replonger dans les racines encore bien vivantes du reggae, à une époque où les majors se contentaient (et se contentent toujours) de produire des artistes ragga et dancehall "bankable".

Pour plus de clarté, Makasound se subdivise en 4 collections (les albums présentés sont disponibles dans les bacs de la médiathèque, cliquez sur une pochette pour accéder à la notice du catalogue):

- « Makasound » se concentre sur l’édition ou la réédition d’albums de reggae roots injustement tombés dans l’oubli.
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- « Makafresh » regroupe les nouveaux albums d’artistes de Jamaïque et d'ailleurs.

- « Black Eye », c'est la branche expérimentale de Makasound, avec des artistes que l'on peut certes ranger sous l'étiquette "reggae" mais qui puisent aussi ailleurs leur inspiration, ou des rencontres entre artistes venus d'univers musicaux différents.
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- Enfin, créé avec la complicité du guitariste de renom Earl "Chinna" Smith, la série « Inna de Yard » présente des chansons telles qu'elles sont nées en toute simplicité dans les yards, les back yards, c'est-à-dire les arrières-cours, "à la maison". Une voix, une guitare, parfois des percussions nyahbingi, parfois des chœurs, au gré des vibrations. C'est un retour aux racines populaires et conviviales du reggae.
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     Mais l’histoire ne s’arrête pas là, car un an seulement après la faillite de Makasound, Nicolas Maslowski et son acolyte Romain Germa reviennent dans les affaires, en montant un nouveau label indépendant au nom évocateur, Chapter Two Records, qui conserve la même ligne directrice que Makasound, et nous fait toujours découvrir de nouveaux artistes talentueux. Dernier en date, le groupe français Zoufris Maracas, repéré dans les couloirs du métro et qui séduit les deux compères par ses textes engagés et ses rythmes tropicaux. En 2012, ils éditent leur premier album « Prison Dorée » : à écouter absolument !
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